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Full text of "Continuation des Causes secrètes de la révolution du 9 au 10 thermidor /"

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CONTINUATION , 

DES. 

CAUSES SECRÉTES 

DE LA RÉVOLUTION 

DUO AU 1 0 THERMIDOR, 




Par V I L A T E , ex - Juré au Tribunal 
Rëvolutioniiaixe de Paris transféré et 
détenu au Luxembourg. 


La régénéraiîon d’un pt;uple doit cornoienccr par les 
hommes les plui en évidence , hoii p.as scuiemciit parce* 
qu’ils doivent rexeiuple ; mais parce (ju’avefc des passions 
plus électrisées, ik forrnei.t toujours la classe la nioîiis 
pure, sur-tout dam le passage d'un long état de seivitudô 
au règne de la liberté'. 

Discours de Billaud-Vareknes, du j'rimaire ^ an FL 


A PARI S. 

l’an III DE LA RÉPUBLIQUE. 

nKENswftcuur 




— - ■ 

AVERTISSEMENT. 

J’ai cru servir encore mon pays , en offrant 
à mes concitoyens le faisceau de lumières qui 
m’a écjairë. Je prévois les reproches , les in- 
jures, les calomnies. Je n’en serai point atteint, 
je me ferai gloire de les avoir mérités ; trop 
heurelix , si j’ai été utile , si j’ai proclamé 
quelques vérités ! > 



} 



, CONTINUATION 

DES 

CAUSES SECRÉTES 

DE LA II EVOLUTION 


DU 9 AU lo Thermidor. 

Comme ils abusoient des clioses les plus 
sacrées ^ ces usurpateurs de ropinion pu- 
blique , qui, parleurs art,ifices , avoient 
accumulé sur la France tous les genres de 
calamités ! , 

Ils avoient sans cesse à la bouche les 
mots séduisans de liberté, éi égalité ^ de 
fraternité , et ils couvroient le sol français 
d^une multitude d’inquisiteurs , de bas- 
tilles , d’échafauds ...... et ils établis- 

soient , par tous les moyens imaginables , 
la plus affreuse tyrannie .... et ils se- 

moient les haines , les querelles , les ven- 
geances , les guerres civiles ! 

Ils mettoient à l’ordre du jour la probité , 

la justice , les vertus et par touf ca 

n’étoientque vols publics, vexations inoii^s, 

I 2 


4 

a'uaiités barbares , eniin tous les crimes 
clécbainés à la fois , comme les vents des 
tempêtes dan's une grande commotion de 
la nature ! 

De quoi doit-on être le plus étonné , 
ou des sophismes qu’ils employoient pour 
commettre leurs ravages, ou de l’aveugle 
docilité du plus éclairé des peuples , à se 
laisser prendre en détail , égorger en masse 
comme un stupide troupeau destiné à la 
boucherie ? L’histoire fera cette question. 
Le souvenir des applaudis s emeiis qu'ils 
avoient l’art d’obtenir , Fempéchera peut- 
être de la résoudre. 

Certes , ce n’étoit pas sans fondeipent que 
l’insolent duc d'Yorck sembloit répéter , 
dans ses odieux manifestes , ces paroles 
de Mithridate : cc Toute l’Asie m’attend 
.?:> comme son libérateur , tant ont excité 
d:> des haines contre les Romains la tyran- 
5:) nie des principaux qui gouvernent la 
h république , les désastres occasionnés 
:»D par les proconsuls , les vexations des 

gens d’affaires^ et les calomnies des jii- 
53 gemens. u 

Il en est du peuple français comme de 


5 

point de corruption , où les grandes révo- 
lutions sont inévitables , quand ce ne sont 
pas des citoyens généreux animés du désir 
de faire le bonheur de leur pays ^ mais des 
perturbateurs audacieux disposés A tout 
sacrifier à leur misérable ambition , qui 
s’emparent de la crise révolutionnaire , d’ail- 
leurs subordoniK^e à une fatalité d’accklens 
plus ou moins vioiens et 'difficiles*; tous se 
ressemblent à quelque chose près. 

Les Romains , auxquels il en faut toujours 
revenir en matière de révOiUtioti , fournis- 
sent de ceci une infinité d’exemples. 

Après €|ue les Mar lus , los Sylla eurent 
épouvanté le monde de leurs oruaulés , ou 
s’imagina qu'on n’en reverroit plus de sem- 
blables. Lors des triunvArs , cependant , ou 
eut l’art d’en commettre de plus grandes 
encore sons les prétextes les plus humains. 
A voir les formulaires des proscriptions de 
ces temps funestes , vous diriez c[u’onn’v a 
d’i^tre objet epie le bien de la république, 
tant les moyens que l’on prend sont préfé- 
rables à d’autres , tant les propriétés seront 
respectées , tant on exalte le prix de la 
liberté publique , taat on craint de mettre 
danger la vie'des ciloyens , tant le peuple 

1 3 


6 


sera tranquille , tant enfin on sera lieu- 
reux. 

Jusqu’à quand l’expérience des siècles 
sera t elle vaine et inuiile ? Lliistoire des 
nations est la moindre étude des hommes. 
Dune part , elle s’efface de la mémoire du 
petit nombre qui Fa feuilletée avec atten- 
tion ; de l’autre , elle ne fait pas plus d’im- 
pression* sur le commun des lecteurs , que 
leurs images sur le miroir. 

Sous les triumvirs , observe un liomtne 
illustre ( i ) , cc Ptome ëtoit inondée de sang , 
w quand Lépide triompboit de l’Espagne : 
>5 et par une absurdité sans exemple, sons 
w peine detre proscrit, il- ordonnoit de se 
>3 réjouir. 33 

Si riiistoire eût conservé les lettres adres- 
sées , par ce Lépide , au sénat , pour com- 
mander ses fêtes nationales , peut-être y 
trouveroit-on l’équivalerit de ce que disoient 
nos tyrans dans de pareilles circonstances. 

a Que la fête tende à reveiiler les senti- 
33 mens'' généreux qui font le charme et 
33 l’ornement de la vie humaine , rentiiou- 
» siasine de la liberté , l’amour de la patrie , 
33 le respect desjoix ; que la mémoire des 

( I ) Montesquieu. 



» tyrans y soit vouée à l’exëeration ; que 
celle des héros de la liberté et des bie 
5) faiteurs de l’humanité y reçoivent le juste 
tribut de la république. Invitez à cette 
):> fête et la nature et les vertus. 2:) . . . . 
Que n’ordonnoieht “ ils aux veuves et aux 
orphelins dont onavoit fait mourir les 
et les pères , d’y montrer de la gaieté ! 

Jusqu’à quand les hommes seront-ils du- 
pes et victimes de l’abus suborneur des mots? 
les tyrans connoissoient à fond l’art d’en 
tirer parti. 

Selon Saint-Just , ec le caractère des con- , 
« jurations est le déguisement : on seroit 
?:) imprudent d’annoncer ses desseins et son 
crime ; ibne faut donc point s’attachera 
:>:> la surface des discours, mais juger les 
>:> hommes par ce c|ue la proluté conseille 
Bârrère disoit: ccCinq années d’expérience 
3) révolutionnaire ont instruit le peuple 
?:> français ! Non , il ne se méprendra 
)) aux exagérations constantes , ni au cos- 
3) tume patriotique des hommes qui sont 
5) les ennemis naturels de légalité et de la 
liberté , ou des ambitieux qui veulent s’en 
35 faire un patrimoine. » 

Billgiu^ ■ Vareniies : ce L’art le plus pro^ 

I 4 




fondement machiavélique n’est -il pas 
>3 celui cjLii brise les nœuds de la sociabilité, 

52) en isolant tous les individus par des dé- 
>5 fiances, 

Piobespierre : a Les conspirateurs ne se- 
roient pas des conspirateurs , s ils n’a- 
33 voient l’art de dissimuler assez habile- 
33 ment pour usurper , pendant quelque 
33 temps , la confiance des gens de bien. 3> 
Quelle similitude de ruses politiques I 
Qui n’auroit pas été trompé ? N’a-t-on pas 
même besoin encore de se retracer le ta- 
^ bieau de leur tyrannie , de leurs forfaits , 
pour ne pas se laisser séduire ? Que de gens 
graves , expérimentés ont succombé à cette 
étrange séduction ! Uue multitude de pa- 
triotes , en effet, ne plaçoient-ils pas leur 
gloire à la forti er , avec une bonne foi 
digne d’un meilleur sujet ? La convention 
nationale elle même ne s’est-eîle pas laissée 
surprendre et décevoir? Une grande partie . 
du peuple , subjuguée par l’exemple qn’eile 
- lui intimoit, ne s’y iivroit- elle pas avec une 
sorte de joie ? Ceiix-mérne que leurs liabi- 
tudes , leurs goûts naturels , leurs connois- 
sances , leurs maliieiirs^ devcient le plus 
en préserver J ne sembioierft-iis pas feindre 


(de mettre leur devoir à participer à l’en- 
cliantement général? .... 

La Têrreür nMtoit pas Tunique moyen 
avec lequel iis Tavoient produit: iileiir a voit 
fallu aussi des moyens pour produire la 
terreur elle-même. 

Par quelle inconcevable combinaison 
étoient-ils parvenus à enlever à une assem- 
blée aussi grande , aussi auguste que la 
convention nationale, remplie de tant de 
lumières , aussi prémunie , ce semble , contre 
les mensonges de Téloquence^ parTexerclce 
journalier de ses devoirs p la puissance ef- 
froyable de mettre en arrestation les mem- 
bres qui la composoient , et de nommer 
tous les comités ? Exemple funeste et à 
jamais mémorable du danger des factions 
dans une assemblée nombreuse , et de la 
facilité qu’elles ont à y prendre naissance 1 
On a vu celle-ci tourmentée par ses pro- 
pres passions , se déchirer les entrailles , et , 
comme le phosphore , se dévorer elle-même. 
Puisse la sauve - garde que la convention 
nationale croit prendre, dans ce moment, 
contre un pareil malheur , n’étre pas dé- 
truite par de nouvelles dissentions : c’est 
de cette impossibilité' qu’il faudroit uns 


10 


garantie. Jusqu’à quand s^'abandonnera-t-on 
à l’instabilité des préceptes spéculatifs et 
oiseux , comparables au sable mouvant où 
s’engloutit tout ce qui pose dessus ? 

Ah î l’allégorie d’Ulisse attaché au mât 
de son navire pour ne pas succomber aux 
sons mélodieux des sy rênes , ne seroit peut- 
être pas ici déplacée, sur- tout à l’égard de 
la crainte que le passé inspire pour l’avenir. 
N’ayant point la réalité de cette sublime 
image de' l’empire invincible des pas- 
sions, la convention/ nationale avoit au 
moins deux moyens d’y suppléer autant 
que possible : la liberté de la presse , les 
sociétés populaires ; mais , comme le héros 
d’Homère à l’égard du premier , non seu- 
lement elle en a commandé la suppression , 
mais encore elle a effrayé , pas des peines 
mortelles, les hommes courageux qui refu- 
soient de lui obéir ; tandis qn’à l’égard du 
second^ les tyrans , semblables aux syrènes , 
s’en sont emparés pour y débiter ^ avec plus 
d’art encore , leurs discours philantropi- 
ques 1 Puisse aussi l’expérience de ces deux 
dangers ouvrir les yeux sur V inciolahilüé 
sacrée de la liberté de la presse , et riri- 
concénient immense de V influence des rne^ 
rieurs dans les sociétés populaires. 


1 1 

Aiî spectacle de la vélocité des opérations 
inajenres qui ont eu lieu , on a pensé qu’il 
existoit, à l’ancien comité de salut public, 
un ordre de déiibdralions sages et cons- 
tantes , arrêtées par les membres à la lu- 
mière de discutions graves et profondes ^ 
sous la présidence de l’un d’eux, et rédigées 
sur un registre par un secrétaire. La Piépu- 
blicjiie étoit dans l’erreur. Offrant moins 
d’ensemble qu'une municipaji'é de vidage, 
le comité , presque toujours désert, n’éioit, 
le plus souvent , composé que d’un on deux 
eu trois de ses membres aliernativenient , 
commandant , ordonnant sans la participa- 
tion des autres , selon que le hasard les 
avoit amenés , et toutefois avec l’assenti- 
ment tacite de tous ^ qui approuvoient de 
confiance les décisions réciproques. Tra- 
vaillant chacun à part dans leur laboratoire, 
ils ne- se rassembloient que dans des cas 
extraordinaires de danger et de crise, et 
alors quelques uns des membres du comité 
de sûreté générale étoient appelés. 

Il n’y avoit point de plan systématique 
dans le travail; mais bien une confusion 
horrible et croissante, où l’empire des in- 
cidens et de i’influencîe des subalternes, pré- 








12 / 

sidoient plus que îa raison et la justice, à 
l’expédition du détail des affaires î?oujourS 
renaissantes. Delà des mesures insufisantes, 
disparates , souvent contradictoires , pro- 
pageant le désordre, l’effroi et le désespoir 
Sur tous les points de la PicpuMique. 
principe cpii fai soit tout aller , étoit une ten- 
dance presque naturelle à la tyrannie, aux 
mesures fortes , vigoureuses^ et terribles , 
que tous, maîtrisés parla gravité des choses, 
qui , par-là , en devenoient plus aggravantes, * 
avoieiit adopté simultanément , moins en- 
core par un sentiment réfléchi , cpie par une 
inquiétude d’esprit disposée à tout faire avec 
emportement et violence. Delà des tiraiile- 
mens d’opinion , des jalousies, des dé- 
fiances, des disputes ^ enfin la division fa- 
vorable à laliherté sur le point où ils étoient 
le plus d’accord, la proscription d’une par- 
tie de la convention nationale. Il y avoit là 
plus de tyrannie , plus de despotisme qu’au 
divan de la Porte Ottomane, et en même - 
temps moins d’unité , de force , d’ensemble 
dans l’ordre et rexécution. 

Le caîios affreux résultant de tontes ces 
choses V entroit clans les vues ambitieuses 
de chacun des tyrans : de Collet- d Herbois , 


attaché aux hobertistes pour les projets des- 
quels ii avoir inventé les bandes vagabondes ^ 
€t sanguinaires du général Ü 072 sm , et com- 
biné les dispositions du maximum avec le 
plus de défectuosités possible : de Barrère, 
courtier de tous les partis , secrétaire de 
tous les forfaits , banquier de crimes et de 
séditions, courageux défenseur du plus fort, 
se rendant sourdement dans dès lieux se- 
/ crets avec les compagnons de ses plaisirs 
érotiques, pour y négocier les ravages de la 
P^endée , et aggrandir cette plaie révolu- 
tionnaire: de Robespierre, spéculant sa for- 
tune politique sur la' gloire de réparer tant\ 
de maux et de désastres. Quelle singulière 
uniformité dans la nature ! L’élévation de 
tels hommes au faite de la suprême puis- 
sance , n est-elle pas dans les orages civils, 
ce qu’est l’apparition extraordinaire des. 
monstres inconnus , que les vagues soulevées 
offrent dans les tempêtes des mers ? ' 

Le contraste entre Collot - d’Herhois et 
Billaud -Yarennes n’est pas moins frappant 
dans un autre genre que celui de Barrère 
et de Piobespierre. 

Billaud -Yarennes , bilieux, inquiet , faux , 
pétri d’hypocrisie monacale , se laisse pe- 





i4 

nétrer par ses efforts meme à se rendre im- 
pénétrable , ayant toute la lenteur du crime 
qui médite , et l’énergie concentrée pour 
le commettre. Bas , rempant , implacable , 
son ambition ne peut soufrir de rivaux. 
Morne , silencieux , les regards vacillans et 
convulsifs , marchant comme à la dérobée. 
Sa figure au teint pale , froide , sinistre , 
montre les symptômes d’un esprit aliéné. 

Collot d’Herbois sensible , enthousiaste , 
facile , se passionne pour les idées grandes , 
élevées. Cruel , il croit être humain. Son 
ame variée comme son jeu sur le théâtre et 
à la tribune. Enclin à la débauche , pas- 
sionné pour les femmes^ sans choix. Vio- 
lent , colère , emporté , air de vérité ; son 
visage (Juelquefois enflammé selon la fougue 
de ses passions. Peut-être, eut-il été juste, 
compatissant si la mauvaise compagnie ne 
l’eut rendu plus féroce que le tigre et le 
lion.' 

On m’a reproché d’une manière indirecte 
d’être resté dans ce tourbillon de choses , et 
de n’avoir pas instruit le public de la part 
que je prenois aux conversations où se mé- 
ditoient les idées dévastatrices. On voudra 
bien observer que tour-à-tour livré aux illii- 


.V 



«ions de l’entliousiasme , aux inquiétudes 
de la inéEance , la retraite m’étoit devenue 
comme impossible. Heureux qu’un fonds na- 
turel de gaieté et de plaisanterie ait caché 
sous les apparences de la frivolités l’étude 
d’observation à laquelle je me bornois , 
l’absence du tribunal révolution aire à la- 
quelle je^me suis décidé depuis l’holocauste 
sacrilège de Danton et Camille. 

Néammoins , voici un échantillon de la 
manière dont je me comportois; par ex- 
emple , au fameux diné de vénua , quand 
fut résolu déblayer la constituante ^ je 
dis en riant : de ce que Von invente on fait 
î expérience. Déplus , un jour que j’étoi 
chez le législateur Dupin qui , d’après 
rapport sur les fermiers généraux , avoit été 
chargé de surveiller l’inventaire ét la vente 
de leur riche succession mobiliaire, voyant 
une multitude de bijoux , beaucoup d’or et 
de diamants, je me permis cette raillerie : 
cc envérité, mon cher Dupin , on diroit que 
>> tu as trouvé le petit chien de l’un des 
w contes du ndiî Lafontaine , tu sais comme 

il secoue l’or et les pierreries ! ». Il 
repondoit comme certain procureur au pre 


( i6 ) 

mier président du parlement de Paris , bu, 
as toujours le petit mot pour rire. 

Les faits snivans vont développer d’avan- 
tage l’esprit qui dirigeoit le comité de salut 
public. 

Un estimable père de famille , Serres, né 
dans mon département , m’avoit chargé de 
la péiition d’un artiste distingué, victime 
d’une basse jalousie, afin de m’employer ^ 
lui procurer la liberté. Je crus devoir inté- 
resser Coilot-d'Herbois : « tu aime les arts, 
les tî^Iens , le génie , voilà une occasion 
3) de leur être utile. 55 Ce fut ainsi que Je 
lui parlai en faveur de l’artiste. « 11 est dit-il 
3) bien étrange , bien inconvenant , qu’un 
PD juré se mêle de protéger* des , détenus , 
PD quand il est fait pour les condamner pd. 
Sa réponse avoit un ton d’aigreur. — ce S il 
PP est opprimé? je t’assure qu’il est vexé par 
PP un envieux ennemi , il faut de la jus- 
pp tice PP — ce bah ! il est bien question en 
PP révolution du juste et de l’injuste pp. Nous 
étions au carrousel, marchant vers la con- 
ventij)n , je fis un pas brusque comme le 
quittant vite. S’appercevant de son indiscré- 
tion , il affecte dénie prendre les mains : 

sa 

J 

\ 


( 



m voix s’adoucit , <c on verra an surplus ; 
je ferai tout ce qui dépendra de moi , 
c’est un bonnéte lioiiime ? 

^ Le dialogueur des entretiens du bon père 
Gérard, instituteur des paysans de la Bré- 
ta gne , avoit furieusement dévié de îa droi-i 
ture naïve des sentimeris qirrl^ place dans'^sa 
Bouche. Sans doute rinsouciance du juste 
et de riiijuste étoit la régie infloxible avec 
laquelle il formait â Lyon les masses desti- 
nées aux mitrailles révolutionnaires. 

Barrère avoit les manières si engageantes, 
si agréables ! parfois il se plaisoit à dérouler 
ses projets régénérât em:s. w On sera obligé 
:>:> de supprimer les journaux, de pyébo- 
S') tomiser leurs auteurs ; ne suffit-il pas 
3? d’une feuille sous la direction immédiate 
>0 du comité , pour neutraliser i’opioion pu- 
35 biique(i). 33 

Regardant avec Dupin (2) de la fenêtre 


(1) Barrère a, îà-dessus , un discours curieux dont il m’a lu le 
commencement 3 il est écrit avec son style accourumé , pour ce 
iut saivîaïrt. S’il ne l’a pas mis au rang de ses correspondances , Je 
l’invite à le livrsr à l’impression . 

(2) Ce Dupin droit le coupe-tête de îa maltofe. Il avoit tout 

prêt un nouveau rapport sur les adjoints des fermiers generaux 
Il eur sans doute au'si exercé à kur égard le bénéfice d'irveruaire 
aii nom de ia Ilépubii(]ue. v 

II 


- V , 

_ r> 

ÎO 

<Ie mn. chambre an pavillon de hore il me dit , 
cc Paris est trop grand, il est à larépublique , 
>3 par sa monstrueuse 'population , ce qu est 
3) à rhomirie l'affloence violente du sang 
53 vers le cœur , une siilTocation qui dess,è- 
53 elle les autres organes et amène à la mort 3\ 
— «Sais- tu, D^upin, que l’idée de Néron , 
53 quand il mit le feu à Home pour avoir le 
53 plaisir de la rebâtir, étoit une idée vraN 
53 ment révolutionnaire 33. 

On se rappelle les paroles de Mahomet , 
à ri'garcl de raicoran. Ce livre devoit sup- 
pléer tous les livres. Barrére , vrai disciple de 
cet imposteur, disoit : « Nous brûlerons 
53 toutes les bibliothèques. Oui, il ne sera 
53 besoin que de riiistoire de la révolution 
53 et des loix : s’il n’y avoit pas sur la terre , 
53 à des époques répétées, de grands^ incen- 
55 aies , elle ne seroit bientôt plus qu'un 
53 monde de papier 33. 

Les murs de la cliambre rouge de Méot 
dans laquelle nous avons dîné qjielques fois 
ensemble, gardent le souvenir d’antre con- 
versations analogues à la couieur dont ils 
sont peints ( 1 ). 


(î) Lw çûmmencsnient <ie iiia lettre inscrce dans plusieurs. 




^9 

En voici une cependant qu’à cause de 
sofi extrême importance je dois révéler, 
néraiLit de Ssclielles dinoit en tiers ave 
nous : c’ctoit au commencement du dioîî^ 
de iViinaire. .l.a révolution , comme on. 
pense , en fut le sujet iiaturer, Hérault de 
SecJt elles o’c'servç^f cju elle pourroit appor- 
ter dans le monde des changemeriS aussi 
grands en philosophie, que le christianisme 
en occasionna par ses nouveau tës. Barrera : 
ce Tout prit une autre forme : les gouve 
nemexis , les ioix , les anœurs , les vétO'. 
5) mens , les langues. On vit disparoîtr 
3:) l’empire romain : des villes majeures 
» Aquilée , Popolonie. D'autres s’élev 
rent, Henise ^ idofistanlinople. Les dieux 
33 furent chassés de fOlvmpe. Les mers. les 
» lacs J les rivières , tout changea de nom 
33 Les César, les Pcpipée , ie^ Brutus de- 
33 vinrent des Pierre , des Jean , des 


fcûi'.lcs publiques, écrite à Merlin de Tiiionville denre ; 
vivant la dciionciarion die Lecoinxre n’est pas efiacc de la mémoire 
des lecteurs. J’anonçcis que vingt volumes ne sufhroknt pas pour 
contenir i’histoire des ctimes des Billaud , des Colict, des V adier , 
des Arnar , lies Vouland. Eh bien 1 je ne dis rien de trop en avan- 
<^ant qu’u.j égal nombre de livres ne pounoient contenir 
phrases plus ou moins atroces , couiees de la bouche dorU ou de la 
plume de ÿaon de Barrcre. 


II a 



20 ' 

35 îippe. L’espèce liumaine sembla tomber 
35 dans ravilissemeiiL 55 Hérdulc de Se- 
clielles .* a Le iiioîiüe doit sortir enfin de 
35 la nuit des préjugés; le despotisme des 
33 rois sera éclipsé par la souveraineté des 
33 peuples ; |es rêveries du paganisme et 
35 les folies de Tégiise ; fempiacées par la 
>3 raison et la vérité. 33 • 

Il m’est impossible de rapporter tout ce 
qui fut dit : comme les -coursiers d’Hoiiiére , 
qui franchissent les plaines d’une montagne 
a 1 autre , je dois sariter le vuide des inter- 
médiaires pour toucher les points remar- 
quables. Je dis aussi mon mot : ce Le nou- 
33 veau calendrier n’est pas mal , au moins ; 

33 il sera pour les opinions religieuses , ce 
33 que la constitution est pour les Idix 
33 civiles. 33 

Hérault de SeclielIevS reprend ; cc La na- 
»3 ture sera le dieu des Français , comme 
1 univers est son temple. :>'> £arrère : cc l’é- 
galité, voilà je contrat social des peuples. 3> 
îi^erault de iSecheiles : cc Les a.nciens n’ont 
î 3 pu instituer la liberté , qu’en plaçant 
1 esclavage auprès deile. 33 Je repris ; 
Kous avons effacé de la France jusqu’à 
33 la Ciome^Ucite. 33 rleTCLuli; do oechelîes • 




9 c rimWoglio constitutionnel de Condorcet > 
:>:> ne nous a-t-il point forcé pourtant à ne 
33 faire qu’un impromptu populaire? Notre 
33 décalogue politique me fait concevoir 
33 des craintes. La sanction, de îapart 
33 peuple , des loix proposées par le 
33 législatif, sera-t-elle réelle dans un si vaste 
33 empire? La démocratie sera-t-elle 

32 contenue dans ses écarts ?... 33 Ban ère 

33 Le pouvoir exécutif ^ composé de vingt- 
33 quatre membres , pourroit bien devenir 
33 le conseil suprême des éphores d’ Athènes, 
33 de la jiLStlza des anciennes Espagnes , le 
33 pied^’esrai d’un chef, comme on le v 
33 de nos jours , sous différens noms ^ 

33 Venise , en Hollande , en Suisse , en 
33 Amérique , en Angleterre. . . .' . 33 II fu 
aussi question du gouvernement révolu- 
tionnaire , qu’alors on parloit d’établir^ 
Hérault de Sechelles , enfoncé dans la mé- 
ditation : cc Faut-il qu’une nation ne se 
33 nère , comme a dit Raynal , que dans un 
33 bain de sang ? 33 Barrère ': cc Qu’est-ce que 
33 la génération actuelle devant l’immensité 
33 des siècles à venir ? 33 

Je frémis , je frissonne au seul souvenir* 
des désastres et des inaux que ces idée^ 

II 


22 



ônt produit sous îaut de faces. Depuis lors , 
Barrère a dit , à la rnÎDune nationale : les 
Français sont révolutionnaires^ comme Ui 
nature. Fiateurs impies ! perdant de vue 
ses touciiaiis attraits dans les rénovations de 
toutes ses productions , sa marche lente et 
majestueuse dans le cours successif désas- 
tres , des éléinens , du Hux et du reflux de 
Focéan , ils ne font envisagée que. dans ses 
convulsions accidentellès , Féruption des 
volcans .Jes treinbleraens de terre à Lis- 
bonne, en Sicile. 

Braves parisiens , je vous interpelle : dites 
si vous avez fait les i4 juillet , les lo août , 
•cro\ arit {svancer la ruiue du muséum de 
runiveib 1 Isnard vous effraya par ses pro- 
phéties. 

Voltaire ! j’en adjure tes mânes: quand, 
par tes travaux immenses , tu devenois le 
précurseur de la révolution , songeois-tu à 
presser le jour où les chefs d’œuvres de 
ton génie seroieiit d( stiin s à être la proie 
des flammes? Aurols-tu prévu-, en faisant 
V Orphelin de la Chine , que le tartare 
Oeugishan donneroit des leçons aux légis- 
lateurs de ta patrie sur le prix des arts et 
des lettres ? ^ 




( 


Des Français le vandalisme n’est point la 
caractère.^ 

La guilktine exercoit son empire sur 
Melpomeiie, Ce n’est pas sans motif que 
Chénier s’est plaint amèrement dans son 
rapport sur la translation au Panthéon , des 
relies mortels de Jean Jacques de l’oppres- 
sion sous laquelle avoient gémi les talens , le 
génie. Et lui aussi a été victime de la tyran- 
nie ! il ayoit composé une n()u?elle tragédie 
intitulée Tiinol éon. Ces 'mots dans son 
Charles IX , des loiæ et non du sang, étoient 
un ver rongeur lancé au cœur des tyrans. 
Robespierre, Billaud -Varennes , tourmentés 
de ses picores dévorantes , ne voyoient l’au- 
teur de Timoléon qu’avec haine et fureur. 
Il soumet sa pièce à l’examen préalable des 
amateurs, il convoque une assemblée nom- 
breuse dans le salon littéraire du théâtre do 
la république. Avant de nous y rendre , 
Barrère et moi nous passâmes chez Chénier. 
L’auteur de la commédie des philosophes ^ 
Palissoty étoitdéjà avec d’autre persormes. 
Après un déjeuné très frugal' et très préci- 
pité , nous nous acheminons vers la salle où 
nous étions attendus. Chénier commence la 
lecture de son manuscrit. Sa déclamatio]® 

n 4 


< ' ^4 

éîoit clialeareuse, bruyante. On ëcoutoiî 
avec autant de silence que d’intérêt. L’ac- 
trice inquiète des efforts de poitrine 

du poète, i’invitoit à baisser de ton. Elle pas- 
sait son mouchoir sur ses joues écliaufFées. 
J a croyois être reporté à ces jours hriîlans de 
la littérature du sièclè passé , dont les 
dotes embellies dans Hiistoire des- spectacles 
font tant d’impression sur le cœur vierge du 
jeune républicaitn II me sembloit voir cette 
fameuse actrice donner ses petits soins à 

oltalre. Les beautés multipliées de îa pièce 
faisoient naître les plus yifs applaudisse - 
îuens, les auditeurs se surprenoient dans les 
transports de Fadmiration , de î’entliou- ' 
siasme. 

Le sujet convenait parfaitement aux cir- 
constances. La scène est à Corinthe. Il 
s’agissoit chez ce peujile libre du cooronrie- 
ment de Timophanes le destructeur de la 
liberté publique. Le servile AndcVes îuipjré- 
sente le diadème,. Le peuple fait sentir son 
improbation par le silence terrible du calme' 
imposant. Timoléon est le héros républi- 
caiîî qui provoque et fait éclater la ven- 
geance populaire. Timophanes est mis en 
piècos. LaTiberti est sauvée* 


Le lendemaîn , fe me trouve placé dans la 
société des jacobius près David et Michaud, 
Celui-ci disoit à l’autre, ah l ia belle tragédie 
que celle de Timolèon , est un\ chef' 
d’œuvje , demande à T^ilate ? je ne pus * 
m’empécher de rendre une Justice éclatante 
aux talens rares et au génie de l’Auteur. Le^ 
peintre, qui dès 1789, à montré par son 
tableau de Brutiis au jour du supplice de 
ses enfans , qu’il ne concevoit la liberté que 
sous un air ténébreux, nous répond-^ Ché' 
nier une Uelle tragédie , c est impossible. 
Son âme a-t-elle jamais pu sentir la liberté 
pour la bien rendre P non , je ny crois pas, 

A quelques jours de là me trouvant avec 
Barrère et Billaiid-Varennes , on parle de 
Timolèon ^ Billaud ne put dissimuler son 
humeur: elle ne vaut rien , elle 11 aura pas 
V honneur de la réprésentation, qu entend-il 
par ce 0 }ers contre révolutionnaire P 

!N’est-on jamais tyran qu’avec un diadème ? 

Barrère, qui avait méié ses applaudisse- 
mens à la lecture de la pièce, mais auquel 
j’avois déjà rapporté les propos de David : 

• — oui : d ny à pas de génie révolution- 
naire , elle rnanqûe dans le plan, Biilaiid à 
Barrère ; /w souffrons pas quelle soit jouée ^ 



20 

Barrère : donnons lui le plaisir de rjuelqueê 
répétitions. 

Timoléon fut répété plusieurs fois de- 
vant une assemblée nombreuse de sj^cta- 
teurs. Les applaucii.-semens présageoient à 
l’auteur le plus heureux succès. Barrère à 
côté de la Deüiahi (i) dans la loge du ci de- 
vant roi paraissait distrait , ennuyé. Il sortit 
vers le iniiîeu de la pièce aux deux pre- 
mières représentations ; à la dernière ^ il n’eut 
garde, de s’y rendre., sachant bien le sort qui 
lui ëîoit destiné. On laisse aller la tragédie 
jusqu’à la scène où Anticiès va pour placer 
le bandeau royal sur la tête de Timopha- 
nes, sous prétexte que le peuple de Corinthe 
concentre son indignation , et que sa colère 
a besoin d’étre excitée ; voilà qu’un orateur 
prend la parole et dit : ce si le peuple de 
SD Corinthe eut besoin d’élre provoqué pour 
U s’élever contre la tyrannie , c’est une in- 
DD jure faite au peuple français que de lui 
DD oifrir cet exemple de foiblesse et d’iner- 
,d 5 lie. A bas la toile , que chacun se retire. >d 
~ Alors une fouie de gens disséminés dans 
differens points de la salle donnent le signal 

I I f^'^rrrrma-.-T . — mr nur mMitTi ii im j-mm .miinwini i juin ■ minjiwwirn 

(i) mie des inaîtres'es deUarrèie, ancienne courtisanne désignée 
dcr.s Ls causes sccrLcs. 


1 



des appîaurlisseinens. On pousse Th erreur 
jusqu’au point de force^Chénier à brûler 
iui-mémesLir le théâtre , b fruit de huit mois 
de travaux et de veilles (j). Le jaloux, le 
tyran Pticheheu fut mains barbare envers 
Corneiiie. îi ne l’abreuva pas de tant d’a- 
meriiiines. ei 

Thalie n’éproiivoif pas un sort plus heu- 
reux que la muse ae la tragédie. Toi qui 
fis firitéressante comédie de V optimiste , 
Coliin-d’haiieviile, tU ignoies pourquoi la 
représentation en fut supprimée ? 

i hirce que Barré re et Piobespiei re ne trou- 
voient pas bien qu’un ex-noble donnât des 
leçons de vertu et de patriotisme à un sans- 
culotte. Comme si la nature ne s’étoit pas 
toujours plu à répandre indistinctement ses 
trésors sur tous les individus. ' 

Et toi , doux et sensible auteur d’Epi- 
cbaris , crois - tu que les connoisseurs ne 
voient pas dans ta pièce les lacunes, des 


Cl) Je dois me faiie gloire de placer ici une anecdote. Une 
des feinines de la cour de Barrère , ose aller dire à Chéiticr , que 
j’etois entré dans la cabale. Non ^ madame, non: Je ne crois pas 
cela , répond Chénier avec un ton imposant j Ndats en est inca- 
pable, Hommage cher et précieux dont je suis jaloux de m’honorer 
devant mes concitoyens. 




28 

peintures éner^ques des beaux temps de îa. 
république romÊine, que la trompette hé- 
roïque de Lucaina chantés dans la Phar- 
sale ? Ils ont comprimé ton essort. Ta rare 
modestie, peut-étrc^^ n’en conviendra pas. 

Du spectacle , passons au jardin des 
plantes: le citoyen l^ournier, peintre ha- 
bile , donnoit à déjeuiier à des amis , à des 
connoissances , Barrèrî^ et moi en étions , la 
compagnie étoit nombreuse. Des émissaires 
des Vadier, des Vouland, des Amar, ares- 
tateurs généraux de la répvibliqtie , avoient 
circulé pendant le jour aux environs du 
lieu où nous déjeunions. Ne Yoilà-t-il pas 
que méchamment ou stupidement , les agens 
de la tyrannie imaginent que cetiç société 
étoit un rassemblement suspect. N’ayant 
aucun motif à alléguer, ne voijà-t-il pas 
qu’ils prétextent cette mystérieuse conspi- 
ration de la Mere de Dieu , pour faire du 
déjeuner un hi de ramification avec le char- 
treux Don Gerle. Sur cette heureuse idée , 
rinnocent Fournier est mis en état d’ânes- 
tation. Un gendarme est placé dans son do- 
micile ; et il est réduit à attendre que les 
débats^enîre Ilobespierre et Vadier , relatifs 
à la mise en jogemexit de cette afhiire bi- 



»9 - 

sarre , soient terminés par le 9 tli 
Ce n’est pas que je n’aie fait tout mon 
ëlhÎQ pour le délivrer. J'en parlai à 
tu dois agir pour Fournier^ ou bien tu 
complice de Catherine Théos. Il répondoit 
Cjue diable aussi donnoitdl à déjeuiier ? " 
Ainsi cet artiste , ce père de famille 
s’est vu exposé , comme tant d’aii^res , à 
servir de matière à la nouvelle méthode da 
battre monnoie , comme disoit Barrère , 
la place de la. B^évolution. di fut entre 
le grand acte épuratoire de\ la population 
nationale , après lequel on aroit 
les banquets fratetmels. 

L’espionnage est le caractère 
l’instrument de la tyranniej de même qu 
sous le cardinal Ma^arin , les délateurs 
qui déposèrent contre marquis dé la 
Boulaye , avoient un brevet de témoignage 
par lequel il leur étoit enjoint de se trouver 
dans les assemblées publiques I, de dira tout 
ce qui leur sembiçroit à propos contre l’état 
et le ministre sans qu’il puissent être recher- 
chés; le comité de sûreté générale avoit un 
nombre prodigieux d’espions avec brevet 
d’inviolabilité, s’introduisant dans les 
fés , dans les guing nettes^ dans les grouppes , 



ÙO 



dans îces maisons, eu sein des familles ; y 
épiant les con’versations , et provotînani les 
plaintes contre le gouvernement par leurs 
propres déclamations. Les auteurs de celte 
infâme inquisition en ctoient q^ar fois vic- 
times eux-méines. Voici nn Fait curieux. Un 
]o\\Y Amar clin oit chez le citoyen Durand^ 
ci'devrfit grarde du corps d’Artois , lie 
avec Despa^nac , et alors employé dans 
les charrois et convois de raimée : il f 
avril à table un iiominé Boyer de la con- 
naissance de Durand^ mais iu cour: ü dVA- 
Tiiar, Boyer ( toit précisément un des ogejis 
hrêveiés du comité de' sùreié générale.' 
Aniùr avoit signé de conhaiice son liono- 
labie diplôme. On venoit de surprendre 
les deux frères liabaut. dans leur cachette ^ 
sur la déclaration du méùuisier cjui en avoit 
fait la porte. On parla du danger des dépu- 
tés. La maitresse de la maison montra pour 
Ainar des incpnétudes / oA noyez pas 
peur , répondit-ii , je sais Jaire mon jeu» 
La convérsatiort ayant cliangé de nuance , 
il iaisoit ainsi ihigréable. Je ne sort jamais 
sans ù<t>Gir dix eu douze chupe-jaj rets pour 
me dejfendre- Cette prirrle nationale pari- 
sienne est lin asseinlda ge ddioimnes vils, et 



■l 


^smpants , ils font pourtant les som>erains j 
iju" U sont plaisants avec leur Litre de ci- 
toyen! clinnhres de badauds, 

Boyer 'ne laissa pas tomber ces paroles ; 
il les reciiiilit dans un procès verbal qubl 
remit au comité de sûreté générale. La 
lecture en lut faite en présence à’Amar 
surpris y confus, humilié, balbuliant, en- 
ragé d’apprendre qu’il avoit iui-méme signé 
la carte blanche du dénonciateur. 

Le nom de Boyer devoitétre fatal à notre 
illustre trésorier des finances^ Peu de temps 
après ne décou vre-t-on pas encore dans les pa- 
piers d’un Bcyeràe JNismes, des relations de 
sa part avec les complots qui ont agité cette 
. ville ? Amar correspondoit avec les femmes ' 
Gasses J conviacues de crimes maricides. ' 
Que de choses sembLÆi^es les Vouland, 
les Vadier! protecteurs des uns et des autres, 
ils étoient intéressés à cacher, mutuellement 
leur opprobre. Qu’on juge ces hommes, 
retirés secrètement dans nn lieu resserré 
derrière les inees du tribunal rcvolution- 

> O 

lia ire, pour jouir du spectacle barbare de 
Danton, Camille, PbifiApeaure , etc. assis 
sur les gradins ledoutabies , et surprendre 
à la convention le décret de rnis hors les 
débats ^ sons prétexte de rébellion. 



, D2 

Les femmes sousla monarclile tei^ôiént 
sceptre de la- toilette : devenues républi- 
caines^ les courtisannes Font despotisé da- 
vantage. On se rappelle le discours dé 
Payan, prononcé , le 26 lloréai , à la com- 
mune \ il est une nouvelle secte qui nient 
de se former à Paris : jalouse de se réunir 
auoc contre -révolutionna ires j)ar tous les 
moyens possibles , animée d*un saint res- 
pect , dé une tendre dévotion pour les guil- 
lotines ; ses iK'iTîÉES font les mêmes nœux\ 
ont les mêmes sentimens , et aujourd hui 
les mêmes cheveux. Des femmes édentées 
empressent d' acheter ceux des jeunes Mon- 
' dins guillotinés , et de porter sur leur tête 
une chevelure si chérie: c est une nouvelle 
branche de commerce , un genre do devo^ 
tion tout-à fait hi^f. Né troublons point 
ces douces > jouissances ; laissons , respec- 
tons même les perruques hl oncles. ISos ans- 
l orra tes serviront du main sa quelque chose : 

leurs cheveux cacheront les têtes chauves 
y ' \ 

de quel e/ues femmes , et la courte chevelure 
de .plusieurs autres qui ne jurent jamais 
jacohïtes que par leurs cheveux. 

Risinn teneatis : Voici le secret mysté- 
rieux de cette déclamation imprévue qui 

inquiéta , 


l 


/ 

33 ' ' 

inquiéta , dans le temps , toutes les femmes 
de haut parage , surprises de n’avoir pas eu 
même l’idée de ces perruques blondes, et 
de n’eu rencontrer sur aucunes tètes. La 
jeune héritière du beau bouquet de Robes-, 
pierre, au jour de la fête à l’Etre Suprême, 
s’êtoit imaginée par un de ces caprices^ 
agréiddes au sexe , de cacher ses superbes 
cheveux du plus heau noir , sous une per- 
ruque élégante de longs cheveux b|oiids. 
Son visaae de lis et do roses prenoit un air 
différemment varié d’attraits et de charmes , 
selon la coëffure , noire ou blonde avec la- 
quelle il lui plaisoit à son réveil , de décider, , 
entourée do ses camaristes, comment elle 
se montreroit dans la journée. La Demahi ^ 
jalouse de ce raffinement de coquetterie , 
s’en plaignit à Earrère. C'est un e prétention 

horrible de la part de cette petite de 

vouloir donner le ton auoc. modes. Barrère 
sensible , comme Jupiter aux plaintes de 
Junon , fronce le sourcil en signe de sa 
puissance. Le messager des ordres sou- 
verains est envoyé vers Payan, agent natio- 
nal. Mercure es^ vif dans ses courses. Bientôt 
arrive le surveillant de la commune de Paris, 
Earrère lui dit; sais- tu ^ mon ami^ quel' aris- 

III 




34 

tocratie relève la tête : qxi il sê établit une 
secte singulière et dangereuse : des Jemrnes 
acheilcntles ciieveux blonds des giull otincs , 
et s en font faire des perruques , pour signal 
de rcülienient dans leur dévotion envers les 
ennemis de la république ; il faut arrêter 
ce désordre.. Un seul mot de ta part à la 
commune suffira. Barrcre avoitîe talent de 
présenter un oLjet sous tant de coulenrs , 
qu’un agent national plus clairvoyant , se 
seroitlaissé tromper par ce ton de vérité. Le 
lendemain Pay an , couvrant sa vue de ses 
lunettes, ne manque pas de tonner contre 
les perruques blondes. Toute la France Ait 
entretenue solemneîlement de l’élégant édi- 
fice de la coëffuie des femmes, pour'satis- 
faire le dépit et la jalousie d’une 'virtuose. 
Bîrrére suffoquoit de rire quand il se rap- 
pel! oit cette gentillesse. 

Peuple ! ne ris pas 1 déplore au contraire 
le malheur de la révolution livrée tont-àda- 
fois aux horreurs froides des vengeances , 
aux atrocités sanglantes des antropophages , 
et aux ridicules jeux de quelques mario- 
nettes politiques. 

Vois la tyrannie dont ils ont failli de t’ac- 
cabler 1 prends ce ton de dignité, convenable 


I 


/ 



à la confiance d’un grand peûple si crûelîe- 
ment joué. Non : tu n es pas un. composé 
iuzhéciles , de badauds ^ qu onp eut mener 
avec une paille. Il est temps enfin que tes 
yeux se dessillent. Vois le système de la ty- 
rannie , médite avec rintenîion profondé- 
ment réfiëclile de l’établir sur les ruines da 
la liberté publique. Sois grand , majestueux y 
et comme le peuple de Corinthe montrte 
ton indignation que par un silence impo- 
sant. Tu n’as pas besoin d’un Tirnoléoni 
laisse agir la convention nationale qui a sa 
vaincre quelques-uns des tyrans : elle sait 
ce^ qu’il faut faire. Sa gloire est la garantie 
de son zèle à se rendre digne de toi. Un© 
assemblée aussi varivie que la nature dans 
ses élémens, est comme elle , incapable d© 
tromper les hommes. 

Pienoncez aussi à vos illusions et à vos 
«opbismes , vous qui , trompés et troin[;eurs, 
reportés le poids des désastres et des mab 
heurs dont le peu[de'ne fait encore que sou- 
pirer , sur la fatalité des circonstances insé- 
parables de la révolution. S’il a fallu le gou- 
vernement révoîntionnaire pour sauver la 
république , au travers des écueils de l’aris- 
tocratie , du fanatisme, de la cupidité mer- 

III a 



■ ) S6 

cantile , des invasions de Tëtranger , il ne 
falioit pas des scènes de ])eïsifiiage et de 
ridicule, des vengeances particulières, des 
assassinats en masse par des simulacres de 
tribunaux, par ia foudre des fusillades , par 
le toimerre des canouiiades , par FaLime 
des noyaües. 

Quelle est donc la magie de ce mot im- 
posant de t'êvulutioa ^ s il eiiï[:orte la jus- 
tibeation de tous les excès , de toutes les 
ernautés , de toutes les l^arljaries ? 

Une révolution est la renaissance de 
toutes les vertus de probité, de justice, 
d’immanitc. Avec quelle liypocrisie on a 
proclamé cette vérité , dans les tribunes , 
sur toutes les places publiques ! Non , elle 
n’est point lu sanction aveugle des incen- 
dies , ucvS üia^^acres , des subiiiersions. 

Ces grandes et épouvantables calamités 
sont la coüLi e-iévoiution : ni le costume, 
ni lés di.'iCoUiS patriotiques ne peuvent dé- 
naturer fessence des clioses. Les voleurs, 
les assassins aussi se déguisent s'ous les vé- 
temens , et sous le laivgage des Lonimc^ 
probes, immuius et justes. 

Queue seroit ia puissance gc cette in- 
'V'eiilioii uu ^ouvcmcniCfiù rcvo LuLio micLirc ^ 



s’il emporte l’existence d’une tyrânnîe 
coniparableinent plus violente, plus désas- 
treuse que celle contre laquelle la nation 
opprimée s’est levée avec tant d’énergie? 

Le gouvernement révolutionnaire ne doit 
être qu’une suspension sagement calculée 
de certains droits du peuple qu’il ne peut 
exercer dans des circonstances difficiles. 
C’est le clarxger de la liberté publique en 
péril, qui seul nécessire cette msirtution 
dictatoriale pour le salut de la patrie. 

Qu’est*c 0 donc que les objections sans 
cesse répétées aux preilfes des amis de la li- 
berté ? cc Nous sommes en revobTi ion. A tten- 
>5 déz que la révolution soit faite. C’est le 
55 gouvernement révolutionnaire qui occa- 
55 sionne ces eboses. 55 

Le gouvernement révolutionnaire seroit-if 
l’creanisafion réfléchie de tous les vices* 

O ' 

de tons les crimes destructeurs du bonbeur 
social? 

La génération actuelle seroit - elle con- 
damnée à ne jouir de la liberté que dan 3 ^ 
les toiirmens , les angoisses de la terreur ^ 
les emprissorinemeiis , les meurtres ^ les 
incendies', les dévastations; et èeV égalité 
que dans les chaînes des getidarmes , sous 

III J 

•’r- 


I 



1 


' 55 

les verroux et les grilles des gmcl.etiers in- 
eolen^ et brutaux (i), sous les attoucbemens 
^des bourreaux , et le fer des supplices î 

L’histoire et les politiques ont présenté 
à la postérité les tableaux des révolutions. 
Ce fut aussi une réi'oluùioii ^ sans doute , 
que celle dont le germe fut semé par les 
deux enfans de Sempronius Gracclius , et 
développé pendant plusieurs siècles jusqu’à 
l’usurpateur Auguste, La nation fmnçaise 
«’est-elle condamnée à passer aussi rapide- 
deinent que la flèche de Guillaume Tell , 
•par toutes les liorreurs des décemvirs , des 
Ciuna , des Marius, des Sylla^ des Liifus , 
des Catilina , des triumvirs ! 

Helas ! nos. tyrans, destructeurs des arts 
et des belles lettres , ont tout fait pour dé- 
tourner le peuple de l’exemple des autres 
nations. ' 

“ Ceux qui du sein de la servitude , 
disoient' ils , avec perfidie , ce ont balbutié 
>5 des maximes politiques , prévoyoienî-iis 
33 les prodiges opérés parmi nous ? Quels 

(i) Il semble que tous les Bertrand doivent m’être funestes. 
Il n’est point d’injures ni d’outrages dont je n’aie été accable 
|>at Bertrand , concierge du Luxembourg , indisposé contre moi ^ 
a cause de mes tableaux de son couân Mertrand-Bartèrc. 


sont les publicistes qui peuvent nous ser- 
3> vir de précepteurs ou de modèles ? Ne 
:» laïU-il pas que vous fassiez précisément 
:>:> tout le contl airb de ce qui a été fait avant ‘ 
nous ? 53 ( 1 ) ^ 

De même les génies infernaux de Milton 
blaspbémoient contre la lumière du jour^ 
parce qu’elle éclaircit leurs projets impies 1 
iis Youlcient brûler les bibliotlièque^ ! Mais 
eonsLihons ces monumens pour lesqueU ils 
avoient tant d'appreniensiori. 

cc Si l’autorité se croyoit en danger , n dit 
Montesquieu , ce par quelque conjuretion 
n secrète contre l’état, ou quelque iniel- 
35 ligeiice envers les ennemis du deliois , 
35 elle pourroit , pour un temps court et 
33^ llmilé , faire arrêter les citovens sus[>eets ; 
33 qui ne perdroient leur liberté , un mo- 
33 meut , que* pour la conserver tou-ours. 3> 
Montesquieu pouvoit ilire : et moi aussi ^ 
je suis révolutionnaire ! 

S’esL-on empressé , par des actes de jus- 
tice palpables et Fr. quens , de rendre à la 
liberté quelques-vms des trois cents irvlle 
êtres de tout âge , de tout sexe , de toutes 
conditions, entass is dans des prisons mal 


( I ) Robe&rieiie. 


III 4 



4o 

faînes et pestiférées? La déportation ou îa 
mort , voilà le sort qu’on leur destinoit , et 
qu'une infinité ont oÎ3tenii. 

Il est des cm , dit le meme révolution- 
naire , où il faut mettre , le voile sur la 
liberté^ comme Von cache les statues des 
dieux» Mais il n en est point où il faille la 
déshonorer, en offrant d’innombrables sa- 
crifices hiîTnaiiis à ses images , comme aux 
simulacres de l’affreuse Gorgonne, et teindre 
les places publiques où elles sont exposées 
à la vénération , par des flots abondans du 
sang des citoyens. 

cc Quand une république u dit encore cet 
hercule de la politique « est parvenue à 
5> détruire ceux qui vouloient la renverser , 
» il faut se hâter de mettre fin aux ven- 

yy geances , aux peines On ne pev^t 

D) faire de grandes punitions , et par consé- 
» quentde grands cbangemens , sans mettre 
» dans les mains de quelques citoyens un 
n grand pouvoir : il vaut donc mieux par- 
» donner beaucoup que punir beaucoup. 
^5 Sous prétexte de la vengeance de la ré- 
y> publique , on établirait la tyrannie des 
yè vengeurs. 

Or , on se rappelle les fournées d’accusé# 




amenés devant îe tribnnn] révcîntionnaire, 
de tous les cantons de la république , sur- 
pris de se trouver réunis dans une même 
affaire, des Pp'énées orientales aux bords 
de l’Escaut , des rives du Rhin k celles de 
la Gironde ; tous envoyés à rëcbafaud , 
tous condamnés , sans être jucrîés ; tous au 
moins jug 's , sans être entendus ; plusieurs 
même, sans être accusés ( i ). 

On se rappe'le ces conspirations des pri- 
ions; quelques-unes appellëes , avec déri- 
sion, \es cardinaux , parcê que les victimes 
avoient la cbemise rouge des assassins ; 
n’offrant que le renouTcIlement des mas- 
sacres de septembre différemment organi- 
sés , et dans lesq^iels Eiin pris pour l’autre , 
n’en étoit pas moins la proie âes^ imckes. 

On se rappelle ces assassinats de fractions 
réglées de la convention nationale, où on 
interdisoit aux accusés la faculté de faire 
entendre leuis plaintes légitimes , meme 
d’opposer leurs stoïques railleries. 

( I ) Je u’ai siégé dans ?.«cune Depuis l’affaire d« 

Danton , |e me suis éloigné du tribunal. Je n’ai été et ne serai 
famais l’instrument d’aucun parti , d’aucune haine , d’aucune ven- 
geance. Il est des iurés de ces temps , restés maîtres , comme moi j 
de icîü: conscience , placés au tribunal actuel. 


y 




I 4-2 

Dieu ! combien , dans ces milliers de mas* 
sacres , n’en est-il paè péri pour avoir oublié 
à saluer tel ou tel tyran , tel ou tel de leurs 
agens, pour avoir eu d'anciennes difficultés 
d’intëréts ^ de galanterie , de table, de pro- 
fessions 1 C’eut été un motif trop légitime 
que Celui dont se ressouvint ~ce Eoiuain 
surpris de voir son nom sur les tables de 
proscription de Syiia. ylh! c'est ma heUe 
maison d' Albe qui en est la cause ! 

\ ous n’existez plus , dignes enfans delà 
révolution : toi , naïf et généreux Camille , 
qui as remporté jusqu’aux regrets de tes 
ennemis ; toi , sincère et fidèle Philippeaiix, 
qui as osé sonder la plaie profonde de la 
y^endée y entretenue , si elle n’a pas été 
excitée , agrandie, pour ser ir au corps 
pulitiqise , suivant le jargon, d' issue' à ses 
humeurs torrosices, 

' Si les Tibère' et les Néron ont fait mourir 
des sénateurs qui leur dv’plaisoient/, alors 
la ruine de la république rend ces forfaits 
comme ordinaires : niais qu’à la naissance 
de la république française , ses fondateurs 
soient lançés à réchafaud pour leur zèl@ 
envers la liberté , c’est le comble des mai- 
keurs. 


' 43 

S’il est vrai que les âmes qui ont qliitte 
ce monde , voient encore ce qui sV passe , 

6 vous, martvrs de la révolution! vorez et 
considérez votre mémoire lionorée. Si vous 
n’avez pas dit comme l’illustre Thrasea (i), 
lorsque mourant en présence de ses amis , ' 
il versoit à terre des gouttes du sang qui 
sortoit de ses veines : O/Jrons cette hha* 
tion à Jupiter ^ libérateur : regardez , jeune 
homme ; puissent les dieuoe écarter le pré- 
sage ; mais i/ous êtes né dans un temps ou 
Vcune a besoin de se fortifier par des exem- 
ples de constance : ces paroles n'en ont 
pas moins retenti au fond des cœurs des 
hommes justes que l’effusion du sang inno- 
cent a indignés et consternés. 

L’imagination ne soutient plus le spec- 
tacle des autres cruautés sans nombre dont 
la scène du monde a été ensanglantée à 
Arras, Marseille , Cambrai , Sauinur , Lyon , 

(i) Après le massacre de tant de citoyens il! ’i* tics , Néron 
souhaita de détruire ia ver’-ii même, en faisant périr Thrasea , 
cu’il détestoit depuis lon^ temps j des causes accessoires i’enveni- 
moient corîtie ce sénateur : le jour oli le sénat cendamneit à 
mort le préteur Antistius,à cause de scs vers injurieux contre 
l’empereur, il avoir ouvert un avis plus modéré, et cet avis 
prévalut. IJ s’étoit absenij^ lorsqu’on avoir décerné les hcrmeurs 
d*:vin3 à Popéc, et n’avoit point assisté à sa pcmt'c funèbre. 



Nantes, Ot\anges. Elle est forcée -rie quit- 
ter ces objets trop révoltiaos pour I buima- 
rûlé trompée, et fondant en, larmes. 

A l’époque de ces désastres, c’ëtoitua 
spectacle- déplorable de voir leurs auteurs 
'tourmentés de remords , ne pouvant avouer 
leurs Forfaits , incapables d’y apporter des 
adoucissemens , effrayés de leur sort , pr.i- 
ser dans des conspirations cniinérinues de 
l’intérieur qu’ils ravageoient , et de l’étran- 
ger occupé à se défendre contre nos armées 
victorieuses , la cause naturelle du débcrde- 
ment des calamités publiques qu’eux seuls 
nvoient occasionnées. Comme les frénéti- 
ques, iis alloient cbercber la source de leurs 
souflrances hors d’eux- mêmes , et ils s’en 
prepoieiit fà t07ït ce qui n’étoit pas eux. 

rdaiuteuaîit , semblables h ce vplatde équi- 
voque qv,q jie se montre qifan moment où 
le ilambeau du jour fait place ;\ la unit , 
ils emploient sa duplicité , pour échapper 
aux reproches , à la vindicte publique, 
cc Voyez mes ailes qui me font voler comme 
>1 im oiseau dans les airs, u — « Voyez mon 
X) dénuement de plumes , qui nie force à 
>^5 ramper sur terre, u De même ils disent : 
Ce ri est pas la faute des hommes , c est la 



faute des choses, IjCS abus ne sont pas de 
La chose , mais ils sont des honinics. Yaiti 

A 

et cruel sophisme ! 

L’habiieté , la prouiié eu législateur con- 
sisieiiL à faire des iiisiiluiioiis , non pour 
Yolcaniser les passions des hoimnes , niais 
pour les calmer et en atténuer les désordres. 
L’homme est né bon , mais les hommes en 
société , par l’intérét de leurs relations di- 
verses , deviennent médians et cruels. Que 
diroit-on d’un père cpai conileroit à ses en- 
iaus des amies dangereuses avec lescnrelles 
ils s’entr’égorgeroient les uns les autres? or, 
voila le grand forfait des tyrans. 

Opposez , en effet , rannonce du but où 
ils disoient vouloir arriver , et les moj^nis 
employés [mur y parvenir : il résultera une 
|>reuve compielte de leur volonté à étaljlir 
la permanence de la tyrannie par la plus 
profonde hypocrisie , en flattant le peuple 
de l’espoir de la félicité, et en. le livrant 
aux troubles des divisions intestines. 

cc Dans une démocratie , où ropinion pii- 
n blique est en même temps la puissance tpui 
gouveme , et le fiarnbeau qui dirige , 
n tout seroit [icidu le jour cù des soup- 
ir i^ons y couvrant rensembie de la société 




35 crun voile funèbre , ne permet troient 
33 plus de croire à la vertu de qui que ce 
53 soit, le jour où rinnoceuce intacte pour- 

33 roit être travailbie des memes alarmes 

) 

33 que la perversité évidente ; car dès ce 
33 moment, il n’y auroit plus de sûreté , ni 
33 confiance , ni rapprochement , n* accord , 
33 ni esprit puhiic ; dès lors plus de tran- 
33 qiiillité , plus trallégresse , plus de bon- 
33 beiir, pins de liberté , plus de patrie ; et 
33 la crainte imprimée universellement ne 
32^ deviendi'oit qu’une arme de plus remise 
33 entre les mains de l’ambition , pour ren- 
33 forcer vour-à tour les factions qui sesuc- 
33 cèdent , et qui s’entrechoquent jusqu a 
33 ce qu’enhn le despotisme survienne ét 
33 sache mettre tout d’accord. ( i ). 33 

Avec quel art perfide ils proposoîent le 
gouvvn'nement révolutionnaire 1 Mais quelle 
étoit la sagesse des mesures faites pour 
écarter un résultat si malheureux ? Le 
génie d’Arimane n’auroit pas été si loin 
dans s-es combinaisons funestes. 

Est-ce Finsiitution , sur tous les points de 
la nqmblique , de ces bureaux d’inquisi- 


(ï) Billaud- Varennes , discours sur le gouvernement révoîa- 
îionnaire. 






1 



Al- 

tion , plus recloutable^s que le conseil inqui- 
sitorial de T^enist y sous le titre de coraités 
de surveillance , composés , la plupart , de 
ces esprits inquiets et soiipsor.neux qui , 
comme la plaie des sauterelles de l’Egypte , 
se sont introduits tout- à -coup daiis les 
maisons , fartant tous les coins des appar- 
temens , forçant le secret des armoires, 
dëcliirant le voile moral des mystères de 
* la couclie nuptiale , brisant le cachet des 
lettres , des dépôts , des testamens , ss pré- 
cipitant S7ir le moindre cbiiTon pour trou- 
ver des signes de conspiration dans des 
phrases oiseuses , d-hobant les assignats , 
Eor , r argent , les bijoux , forçant enilu 
les voyageurs , coraràe les monstres aux 
temps d Hercule , à détourner leur route des 
villes et dès villages. 

Quel jour de deuil cfîie celai où chacun , 
tremblant d’avoir des gravures , des ta- 
bleaux, des statues , des livres , des manus- 
crits , des lettres de ramiîlé, de Famour, 
de la parenté , de' la reconnoissance -, fut 
porté à vouer tous ces monumens des af- 
fections tendres de la nature , des^ arts , des 
talens et du génie , à la desîniciioa éiei\ 
nelie du fer et du feu ! 






' V ,4B ■ , 

Que] jour de deuil que celui où , sous 
prétexte de i’iiitérét de la république , l’on 
vit ce nombre prodigieux d’incarcéiaîions 
du créancier par le débiteur', de l’amant 
lavonsé par le rivai rebuté , du mari ou- 
tragé par l’adultère impuni , de l’artiste 
babile par l’artisan jaloux , des maîtres par 
leurs donitstiques , du juge impartial par 
le plaideur ^coiidaîniié , du militaire d’un 
grade supérieur par son inférieur envieux ! 
On a vu tous ces maux. 

Est-ce le vague insigiiifiant dans rénon- 
ciation des délits de ièze-nation , au moyen 
duquel le plus liomme de bien n'auroit pu 
à l’examen de la vie la pius pure, évner de 
linir ses jours honorables sur récbafaud ? 
Ils avoient foulé aux pieds l’ofacle des législa- 
teurs (i) : Les parolës ne forment point 

un corps de délit : elles ne restent que, 
53 dcuis l’idée ; la plus part du temps elles 
5) ne sigoiiient rien par elles - mêmes , 
33 mais par le ton dont on les dit. Souvent 
33 en léuisant les mêmes paroles on ne rend 
33 pas le même sens. Quelquefois le silence 
33 exprime plus que tous les discours 


( 1 ) IvlcirLCSQuitu.. 


33 Les 



49 

Les (écrits satyriqiies sont tolérés dans la 
>:> Démocratie par la raison qu’ordinaire- 
>:> ment composés contre des gens puissans , 
ils flattent ici la maflgnité du’pèuple qui 
T> gouverne. L' aristocratie est le gonver- 
a) ment qui proscrit le plus les ouvrages 
ifi satvriques. Les Decei/ivirs qui fcrmoient 
3) une aristocratie tyrannique , punirent de 
mort les écrits satyriques ». On a vu 
tous les maui: arrivés de l'oubli de ces 
préceptes de la raison éternelle. ^ 

Est-ce l’envoi dans toute la république de 
cette nuée d’espions , de délateurs qui fei- 
gnant de surveiller les véritables conspira* 
leurs , portoient l’arrogance , la fougue , le fa- 
natisme politique, les séditions entouslieuxî 
de ces proconsuls qui, nouveaux Pierres ^ 
ont ordonné des incarcérations sur la simple 
physionomie des citoyens, détruit sans uti- 
lité les monumens des arts et d’utilité pu#- 
blique , établi des légions d’assassins ,sous 
le titre de corps militaires et de tribunaux, 
violé les femmes et lés filles , stimulé les ré- 
volres et fomenté les guerres civiles , 
ordonné par des forfanteries ou des ordres 
positifs des rayages pires que le fléau de 
la peste? On a vu tous ces maux. 

IV. 




5o . 

Est-ce en ouvrant la porte à tonies leé 
caloiïinies entre les citoyens , et consacrant 
Fimpuiiité des caiomniateurs , tandis quelle 
a été fermée auy dénonciations contre les 
fonctionnaires publics ? C’est ici que le 
mal est grand. Les victimes delà calomnie 
au sortir des prisons , après de graves mala- 
dies , conservant sur leurs corps les marques 
des fers ^ n’ont pu soulager le sentiment trop 
naturel des souffrances qu’en rétorquant des 
dénonciations contre . leurs oppresseurs. 
Si la sûreté des sujets de l’état exige la 
repression des calomnies, l’oppression de 
la part de ses agens demande que le droit 
de résistance ait la plus grande latitude. 
DU’lserpour régner et empêcher les plaintes 
est la maxime des tyrans. On a fait Fun 
et l’autre. Que de malheurs dérivés de 
l’impunité des calomnies parmi les ci- 
toyens , et de l’obstacle aux dénonciations 
contre les agens du gouvernement (i) ? 

Est -ce l’indication donnée aux tribu- 

( I ) On a discuté à la convention le sujet des dénonciatiom 
envers les représentans : voici un trait dans MontssqaUu qui 
devroiî être cité : « Le czar Pierre a fait une ordonnance 
portant défcnce de lui présenter des reciuêtes à peine de perdre 
» la vie , si le fait ifcst pat vrai. Personne depuis ifa adressé 
s> des requêtes au czar. 

• i 


naux et aux commissions réyolution^ 
naires de suivre seulement pour règles de 
leurs décisions le sentiment intiine et moral 
de leur conscience , dégagée de la garanti® 
en faveur de raccusé , des formes d’ins- 
truction 5 et de tous obstacles à rarbitraire ? 
Invention de despotisme oriental, qui con- 
fioit à des hommes le droit de Ane et dei 
mort sur leurs semblables , et qui n’a d’ex- 
cuse que dans la similitude impie des jurés 
avec la dUdnlté, dont les j ugemens infaillibles 
n’ont pas besoin de preuves et d’examert 
préalable. On a vu tous les maux qui en 
sont résultéwS. 

Est-ce cette formalité de certiEcats de 
civisme abandonnée à l’arbitraire souverain 
des conseils généraux , travaillés eiisgénéral 
par le système de terreur, s’ils nerétoient 
point par les jalousies d’état , par les haines , 
les ressentimens. L’expérience a démontré 
que la justice et la raison étoient moins 
que les passions la règle des délibérations. 
Combien de pères de famille privés tout- 
à-coup de leurs moyens de subsistance ! 
que de pensionnaires frustrés de leurs reve- 
nus î heureux encore s’ils n’épronvoient la 
peine de détention î 


IV a 



52 

Non : il n’y a que des tvrîins habiles et 
ïiiédi^ins -la tyrannie , qui aient pu conce- 
voir , enfanter des mesures susceptible^de 
tant d’horreurs , si oppressives de ki hberié 
publique. Si l’on ajoute h ces considéraôous 
râ'dresâe et la supercherie du comité de 
salut public à se faire renouveiler tous les 
mois J 011 a la preuve' du plus affreux despo- 
'siiie cjui ait jamais existé chez aucun peiqsle 
la terre. 


lîx-làisont en effet des tvrans 


qui 


fana 


le peuple français du brillant espoir 
de la démocratie ^ ont imaginé ce]' endarit 
les obstacles pour empêcher cetle 
sorte de gouvernement , la meilleure quand 
elle est organisée de manière à retenir 

O 

son penchant naturel vers Xocldocratie. La 
et la vertu en sont l’ame. S’il y avolt 
peuple de dieux , dit Rousseau , Il se gou ' 
veriieroit démocratiquement ( i ). 

Or , loin d'avoir inspiré les vertus au 
pour le rendre digne de la 
, ils ont tout fait pour l’en 
ndrè incapable par tous les îoiirmens des 
divisions et des séditions , ahii de le réduire k 


{i) CoiiUât Social liv. 3. ch. ÏY. 




desirer le secours d’un tvran qui sauroiî toiiB 
met ire d’accorcL ils ontaiiecté de confondre 
îe pouvoir dupcuple lavée la liberté du [leuple 
pour vexer tous les citoyens, et porter parmi 
eux la consternation et le désespoir. 

Ceux-là sont des tyrans qui pioclament 
avec emphase la UheHc ^ Il égalitâ ^ la fra- 
ternité eu même teinps qu’ils foulent^ aux 
pieds ces trois Vertus de la société des 
liomrnes. La liberté politique est le droit 
de n’obéir qu’aux loix de la volonté géné- 
rale ; la liberté individuelle est cette tran- 
quillité d’esprit qui provient de repinion 
que chacun a de sa sûreté , et de la certi- 
tude de ne pouvoir être arraclié de sa famille 
pour satisfaire des capnees, des haines, des 
désirs cupides. L’égalité n’est point la bru- 
talité. On ne doit point chercher à U éta^ 
hlir strictement meme dans une dénio- 
cratie y disent les plus grands hommes en 
politique., yhutant que le ciel est éloigné 
de la terre , autant le 'véritable esvrit dlé-jia- 
lité V Ci t- il de l’ égalité extrême. La frater- 
nité est ce sentiment d’union naturelle entre 
les hommes qui les porte à la tolérance de 
leurs lautes , de leurs tons, de leurs pré- 
jugés , de la différence de leurs opinions. 


Ëlî^ point l’ordre absolu du despotisme 
Cjui dit : si tu ne penses pas comme moi ^ 
LA MORT,^ 

Ceux-là sont des tyrans qui ont donné 
de Paris à la France comme du centre les 
rayons vont à la circonférence , le signal 
odieux des délations , des incarcérations 
arbitraires, des persécutions barbares, pires 
mille fois que celles excitées au milieu des 
troubles de la lippue ; qui par les effets de' 
la terreur mise à f ordre du jour , ont déna- 
turé les caractères ; inspiré à tous les ci- 
toyens au lieu de là confiance et de la séré- 
nité , la frayeur et les défiances ; au lieu de 
îa franchise et de la bonne foi , la dissi- 
mulation et la fausseté. 

Ceux-là sont des tyrans qui attribuant les 
victoires des armées françaises , à factivité 
des süplices , à l’effusion horrible du sang ^ 
eiile voient aux défenseurs de la patrie la 
gloire de leurs triomphes, et ont vouiuflétrir 
leurs lauriers; qui essayoient de rendre le 
peuple cruel et féroce , en l’accoutumant âu 
spectacle desiructeur de l’espèce humaine. 

Ceuxdù sont des tvraîls qui ont produit, 
à la naissance de la république , cet état 
de dépravatioii si naïvement peint dans c@ 


55 


ee morceau de l’antiquité par Xevoplwn: 
T Je suis content de moi , dit Chamid^s ^ 

à cause de ma pauvreté. Quand j’étois 
53 riche , j’étois obligé de faire ma cour aux 
33 calomniateurs , sachant bien que j’étois 
>3 plus en état de recevoir du mal d eux , 
33 que de leur en faire. La république me 
>3 demandoit toujours quelque nouvelle 
>3 somme : je ne pouvois m'absenter. De- 
33 puis €jue je suis pauvre, j’ai acquis de 
33 l’autorité ; personne ne me menace., je 
>3 menace les autres , je puis m’en aller ou 
33 rester. Déjà les riches se lèvent de leurs 
35 places, et me cèdent le pas. Je suis roi , 
53 j'étois esclave. Je payois un tribut à la 
33 république , aujourd’huji elle me nourrit 
33 Je ne crains pas de perdre, j’espére d’ac- 
3* quérir. 

Ceux-là sont des tyrans qui ont eu l’adresse 
d opérer la confusion de tousdes pouvoirs, 
et par-là de ravager fétat sous prétexte des 
volontés générales de la souveraiiieié du 
peuple, par leurs .volontés partie nlières • 
qui ont eu le secret de surprendre à la re- 
présentation nationale fautorité de com- 
poser les comités à leur fantaisie , de la 
détruire endétailpardes arrestations d abord 

IV 4 




56 

provisoires, et d’envoyer ensuite leurs col- 
lègues à réchafaud. 

Ceux îà enfin sont des tyrans qui répan- 
dant sur la France une épidémie morale, 
se sont efforcés d’ôter à tous ses habitans 
les idées, les principes de douceur, d’hu- 
manité, de probité; ont mis en doutejusqu’à 
la vérité , rendu nul l’espoir de la gloire et 
de la bonne renomée , jetui^’incertitude 
dans l’esprit des pères de famille sur l’édii- 
cation , la profession à donner à leurs enfans ; 
arracLé du cœur des hommes le désir de 
Funion conjugale , et jusqu’à ceux Je la 
paternité parla cx'ainte de faire des malheu- 
reux. 

Les auteurs de tous ces maux , Earrère , 
d-Ya rennes , Coliot-d’Herbois , Vadier, 
Vouiand , Amar, Robespierre, Couthon , 
t. -J List sont coupables de tyrannie natio- 
nale. C’ést là qu’est évidemment la véritable 
conjuration formée de longue main contre 
souveraineté du peuple. Ils en sont égale- 
ment criminels par un concours simultané 
de discours imposteurs et fallacieux , una 
rédaction louangeuse et philantropique 
de loix honibleraent arbitraires , et d’une 
facilité de violation affectée à dessein de 




Sy 

livrer la vie des liommes aux caprices der 
passions. Combien d’infortunés auroient fré- 
mi des prerniers aux exécutions du crime, 
si l’on n’avoit atténué eur répugnance natu-* 
relie à le commettre , en voilant les plus 
grands forfaits sous le déguisement inoui. 
de formes acerhës? La chose à la.quelle ils 
ont été exclusivement habiles, c’est d’orga- 
niser le meurtre , le pillage , les massacres , 
c’est de paraliser la circulation des subsis- 
tances et de produire la famine ; c’est d’ali- 
menter et éterniser les guerres civiles. 

Quel ëtoit leur but dans tout cela , sinon 
la destruction de la république , et l’établis- 
sement de leur execrable tyrannie ? 

Si ce n’étoient pas là leurs vues, seroit- 
ce le partage des terrés P II est vrai qu’ils 
ont constamment mis cette idée en avant.^ - 
N’ont-ils pas proclamé les maximes des ha- 
rangues des deux Jeunes'.Gracques ? « Ro- 
» mains : on vous traite de mai 1res de l’uni- 
D) vers , de dispensateurs des trônes et de 
):> la fortune des rois. Beaux souverains ! 

» quand on a usurpé toutes les terres, et 
3) qu’on ne vous a laissé de libre que les 
53 rues et les places pub!i([ucs. Ali ! les 
33 bétes sauvages sont plus heureuses 



58 


1 



» que vous. La nature ne leur a pas olé 
5:1 du moins les antres pour s’y retirer 'à 
>3 l’abri des intempéries ? Mais vous il ne 
3) vous reste pas ménie où creuser vos 
33 tombeaux 33. L’expérience de tous les 
âges du monde leur avoit appris cependant 
ie vuide et l’absurdité de ces appels à la 
sédition. 

Si Rousseau , Montesquieu et tous les 
politiques observent que : ce la liberté ne 
33 peut exiler sans l’égalité , rapprochée 
33 des extrêmes entre la richesse et l’incli- 
33 gence ; que nul citoyen ne doit être assez 
33 opulent pour en pouvoir acheter un autre , 
33 et nul assez pauvre pour être contraint 
33 de se vendre, 33 ils n’ont pas entendu que 
cette sorte d’égalité si désirable, dut s’opé- 
rer par une secousse subite de voies de 
fait, tels que la proscription et la mort des 
propriétaires avec les moyens violent du fer , 
des supplices et des submersions. 

Loin d’avoir une idée si odieuse ils ont 
eu soin de déclarer que cette égalité ,de 
terres étoit une chimère désorganisatrice de 
ia société civile ; qu’il ne s’agissoit que d’at- 
ténuer V incgali té extrême des grandes for-’ 
tunes y et que cette opération salutaire iie 



pouvoit s’effectuer que par îe rèsulùaù lent 
de la force de la législation qui devoit sans 
cesse y tendrel\ 

On ne peut pas établir un partage égal 
dit Montesquieu : cet arrangement se- 
roit impraticable y dangereux. Si quelques 
législateurs V ont fait comme Licurgue et 
IXoïnulus , c est parce qu ils fondoient une 
société nouvelle. Et il faut ajouter : parce 
que Sparte et Rome n’éloient aux temps dont 
il s’agit , que deux misérables bourgades , 
peuplées d’babitans sortant à peine de l’état 
sauvages sans loix, sans relations sociales , 
peut-être moins considérables que Clicliy 
ne se reii doient pa s avec des courtisanes leurs 
législateurs pour y dresser des listes de pros- 
cription. 

Vouloir tenter cette immense opération 
dans une république comme la France , où 
les circonstances ne sont pas telles , que 
les pauvres se croyent obligés de chercher , 
et les riches obligés de souffrir un pareil 
remède ( i ) ; et le réaliser en coupant les 
tètes de tout le monde indistinctement , 
pauvres et riches^ en imbibant la terre d’une 
pluie de sang^ c'est livrer la nation à la plus 

(i) Rousseau, 


V. 





horrible stupeur et aux convultions de la 
révolte '".oënérale. 

O 

Si les liistoriens , et les publicistes se 
trouvent partagés sur l’opinion que hi [pos- 
térité doit avoir des deux Grecques , si i’iini- 
vers a élevé des autels à celui dont le système 
religieux tendoit au projet de ces deux 
jeunes imprudeus , c’est parce qu’au beu 
d’avoir voulu le réaliser par/ des moyens 
sanglans ^ ils ont au contraire souffert la 
mort domme de foibles victimes. 

Qu’à produit à Home l’institution du gou- 
vernement révolütionnaiie des décemvirs, 
dont le bütprincipalétoit le |»artage des terres 
conquises , outre la conb clion d’uii code de 
îoix , sinon de fournir l’exemple de citoyens 
assez lâclies audedans pour se laisser gouver- 
ner despotiquement , et assez courageux au 
da'diors pour défendre leurs tvrans ; sinon la 
mort crnelle de cette belle ét jeune Kir^inie 
que son père fut réduit à assassiner. 

Qu’ont produit les fureurs de Marins^ qui 
sous lé même prétexte devint le tyran san- 
guinairedesoiipays , si ce n’est de le réduire 
à la juste nécessité de s’exiler de la ville de 
Ilonie, pour errer sur les bords de l'Afrique ^ 
et de lui iaspirci: ce mot sublime sur rinsta- 




J 

6i 

bilité des choses huin aines? ojas dire à ton 
maître que-tii as du Marins pleurant sur les 
ruines de Carthage ? ^ - 

Qu ont produit les torrens de sang versés 
pnr Sylla , sous le. même prêlexte de confis- 
quer les terres , sinon d’offrir l’exemple de 
la plus violente tyrannie , d’enrichir les sol- 
dats qui i’avoient fait triompher , de souiller 
Je sénat par la présence de sénateurs in- 
dignes de ce titre auguste, et d avoir oc- 
casionne la plus révoltante dépravation de 
inoêurs? 

La loi agraire est en politique , ce que la 
pierre philosophale est eu chimie. La char- 
latannerie des fripons , des ambitieux. 
Supposons possible ce qui ne l’est pas. 
Vous, habita ns des villes, qui ttere.^. vous 
vos habitudes journalières , pour vous 
transporter dans les campagnes , sur un ou 
deux arpens, loin de vos parens , de vos 
amis ? vous liabitans des champs , vous ne 
quitterez peut-être pas votre commune , 
mais songez tous qu’il vous faudra d’abord 
faire bAdr vos demeures , et cultiver la terre 

de vos mains. Et ces dépenses ? où 

prendre pour les faire , des assignats ? 

K’en doutés pas ? c’est ce prétexte vain 


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62 

employé par la tyrannie qui a ébranlé la con- 
fiance , amené la disette , le renchérisse- 
ment des denrées et marchandises : bled , 
huile, bois, savon, toille, légumes etc. , 
«joutez à cela la dépréciation des assignats. 

Mais vous spéculateurs avides , spoliateurs 
de la fortune publique , vous qui prétendez 
hériter du clergé , des émigrés , des guillo- 
tinés, sachez qu’on ne jouit pas en paix des 
biens de ceux qu’on assassine ? 

Vo}'ez ce luxembourg où j’ai été trans- 
féré , le tableau en mignature de la révolu- 
tion. On sait que ce palais sous les sombres 
et spacieuses voûtes duquel 1 homme sent 
à chaque instant sa petitesse et son néant , 
fut bâti avec les sueurs du peuple par ces 
deux Médicis filles des négocians fameux , 
qui du sein de l’Italie commerçoient avec 
runivers , devinrent les souverains de leur 
pays , marièrent leurs filles aux rois de 
l’Europe, et placèrent leurs enfans sur le 
trône de l’église où réunissant le sceptre et 
fencensoir. 

Ils foulcient de leurs pieds orgueilleux et traaïquilles 
La cendre et les tombeaux des Scipions , des Emiles, 

Quelle perspective offre-t-il aujourebbui ? 
Les chiffres eiUrclassés de Henri IV et de 


son altière épouse , leurs images n’y sont 
déjà plus. Prison de l’Europe , on y distingue 
le Prussien , l’Anglais, l’Autrichien, l’Espa- 
gnol , le Milanais , le Brabançon , etc. con- 
fondus avec les Français de tous les partis, 
de toutes les sectes : patriotes, aristocrates, 
modérés, révolutionnaires, prêtres constitua 
tioniiels et insermentés-, religieuses décloi- 
trées et renfermées encore comme dans un 
autre cloître plus sevère. Au milieu de ce 
divers assemblage un noir indigène des 
bords de l’Afrique , une nouvelle espèce 
de juifs à longue et vénérable barbe , rap- 
peliant à la mémoire l’honneur d^Jsrael , et 
le templé détruit de Jérusalem. Tout y dé- 
pose de la vanité des choses humaines. Sur 
la façade le cadran , signal des heures qui 
s’écoulent , et symbole de l’éternité du 
temps ; à l’oppositte, près de la rotonde , une 
statue tenant à la main une tête de mort ; 
la superbe balustrade de marbre blanc, dé- 
gradée et tombant en ruines. Parmi quatre 
ministres de la guerre, des généraux étran- 
gers , des généraux français , voyez y d’un 
côté l’épouse de Dumas, président du tri- 
bunal révolutionnaire, victime échappée à 
la haine de son mari, n’ayant pour tout reste 




de sa fortune ëvanoiiie que son petit enfant 
' à la mamelle, douce consolation du moins 
dans ses douleurs'; de l’autre ^ cetle prin- 
cesse de Nasseaii drmt la famille presque 
souveraine en Hollande, n’y jouit pas sans 
inquiétudes^ du fruit sanglant de la mort tra- 
gique des frères Tyit et de Barnes>etcl ^ 
illustres mariirs de la liberté. Voyez y deux 
jeunes rejet ions de îa^ rie ne maison des 
Bourbon-Biissey , la tète et les pieds nuds , 
couverts c]e haillons, jouant gaiement dans 
les appartemens , et dans la cour près de 
la fontaine. Voyez y un prince souverain 

Allemagne qui , avant insurgé les peuples 
de Hongrie contre Fempereup Joseph IJ , 
s’est rékigié à la cour de Prusse , et' a pris 
ensiîi te lesaumes contre la liberté en Fra;ice , 
après L’avoir défendue dans son pays. Voyez 
y un jeune militaire avec une jambe de 
bois , au lieu de celle qu’il a perdue dans les 
combats ; ses lauriers sont changés en ci- 
près. Quel sujet de méditations'sur tous les 
projets de la cupidité , de l’ambition , de 
l’égoïsme ! 

De ce système révolutionnaire de pro- 
priétés qu’en avez*vous retiré les uns et les 
autres? Soyez de bonne foi. Desressentimens 

atroces , 


atroces , des eniprisonnémens longs et répé» 
tés / des factions alternatives , des glacières , 
des massacres multipliéSy des guerres sourdes 
et éclatantes , des catastrophes sanglantes, 
des submersions quf ont porté à l’océan 
irrité des milliers de cadavres. 

Dans les causes secretefn point fait 
trop d'honneur aux auteurs de tant de cala- 
mités , en mettant en douté si le projet agrai- 
rien n’étoit'pas une chimère de novateurs 
aveugles ^ épris des idées de perfection et 
de régularité ^impossibles dans ce monde ^ 
oui la charlatanerie de jongleurs qui ten- 
daient enfin à devenir les oppresseurs de leurs ^ 
compatriotes , et les tyrans de leur pays. 

En effet , n’est-il pas évident qu’eux- 
mémes ne croyaient pas au partage des 

terres, et que ce n’étoit de leur part qu une 
invention pour^aptiver la muilitude , et s’en 
faire un appui pour se frayer plus aisément 
îe chemin de la tyrannie ? 

Il résulte donc évidemment , sous tous 
les rapports , que les meneurs des comités 
de salut public et de sûreté générale sont 
coupables de ce grand forfait. Ils ont été 
des tyrans pour se perpétuer dans la tyran- 
nie. (Quoiqu’ils n’aient point eu de pompe 
' V 








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txtf^deure qui découvrit leur despotisme , 
on le sentoit à chaque instant. Ce n’est . 
point dans les évènemens du 9 Thermidor 
qu’a existé la véritable conjuration contre 
la république : mais dans leurs ruses , leurs 
discours arthcieux , leurs impostures con- 
certées , les mesures arbitraires pro]>osées 
à la convention natipnale , les tragédies 
sanglantes jouées et répétées sur tonte la 
France^ les désastres midtipliées dont ils 
ont été les apologistes : c’est dans la terreur 
mise à V ordre du jour , et dont ils se sont 
fait une arme comme de la tête de Meduse 
pour subjuguer la convention nationale, 
enlever à tous les représentans du peviple 
la liberté des opinions , et consterner le 
peuple français à tel point qu’il avoit perdu 
le caractère franc , loyal , sémillant et plein 
de gaité, qui de tous temps l’a fait distin- 
guer dans l’Europe : c’est dans le fanatisme 
' politique disséminé sur la nation pour divi» 
ser le peuple, opprimer, vexer torturer 
et conduire à l’écheifaud tous les Français 
les uns par les autres : c’est dans l’incer- 
titude et le désespoir auxquels ils les ont ■ 
livrés sur la vérité , la libei ré , la réputa- 
tion, la gloire, riu^trucUon des enfans , la 



choix d une profession , les affections les 
plus intimes de la nature , lamitié , lamoiir, 
le mariage , le genre d etude pour les hommes 
faits , 1 espoir d une mort tranquille : c-est 
dans la proscription d’une grande partie do 
la convention nationale, obstacle salutaire â 
leurs projets tyr nniques. Voilà la véritable 
conjuration. La défaite de Robespierre > 
Couihon , St.-Just n’en est qu’une branche. 
L’autre branche n’en reste pas moins; sî 
ceux qui la composent ont travaillé un 
instant à l’extirpation de celle-là , ce n’a 
point été par amour de la patrie , mais bien^ 
pour la supplanter, et dominer avec plus 
de despotisme. Ce n’a point été par zèle , 
pïir intéf ét pour la liberté publique, mais par 
haine , par horreur pour elle. Ce n’a point 
été pour attaipier et détruire les conspira- 
teurs , mais pour continuer la grande con- 
juration dannéantir la république. Si les 
un» et les autres ont marchandé , débattu , 
accordé, refusé, offert, accepté, défendu 
les tetes proscrites , ce n’a point été par 
sentiment de justice, ni parle désir 'de 
sauver des victimes , mais seulement 
pour conserver à soi , et enlever à son rival, 
ses plus intimes, ses plus chauds partisans^ 

V a 



6a 

îeurs variations depuis la punition de leurs 
complices , l’intention manifeste dejconti- 
nuer le système de terreur et de sang , leurs 
amendes honorables pour l’avoir trop suivi, 
leur silence affecté d’abord , puis nécessité 
par les remords , la crainte et l’opprobre : 
tout démontre leur forfaiture. Désespérés 
de ne plus tyranniser par i'impcsture la sé- 
duction et le charlatanisme, ils ont main- 
tenant recours à l’audace , aux rnenaces , 
aux apeilations de la révolte et de la guerre 
civile. 

Entendez-vous ce nouveau Catilina , ce 
fils audacieux de la discorde et du crime , 
le poignard d’une main , la torche de l’in- 
cendie de l’autre , la tête échevelée , et 
ses cheveux changés en couleuvres ; Billaud- 
Yarennes ; 33 Le sommeil est passé. Le lion 
n’est pas mort parce qu’il dort. Le mo~ 
55 ment où il s’éveille est celui où il étrangle 
3^ et déchire ses ennemis Tel dans l’an- 
tique fable le chef des Tytans , ou dans Mil- 
ton le chef de demo s, provoquoient leurs 
phalanges contre le souverain des cieux. 

Quoi donc ! comme le lion couvert, et 
^égouttant de sang ! tu veux régner 
toujours, par le carnage , au milieu des 




ëg 

déserts , à l’aspect des cadavres palpitans ? 
Malheureux ! tu veux donc couvrir ta pa- 
trie des membres déchirés de la liberté pu- 
blique ? Qu a-t-elle de commun avec toi , 
si ce n’est ta haine pour elle ? sauves-toi , 
si tu peux ; mais ne renouvelle pas les 
fureurs du plus effronté conj.urateur. 

" O vous ^ vrais et sincères amis de la li- 
berté et de l’égalité ! demandez à tous les 
partisans de la terreur , sur quel fondement 
ils appuient son utilité pour la république : 
ils seront muets. 

Législateurs ! peuple ! auriez-vous oublié 
vos anciens amis ? Ce Camille Desmculins 
n’a-t-il laissé aucun sentiment dans vos 
cœurs ? fut-il un ennemi de la liberté parce 
Cju’il ne pouvoir voir , sans horreur , la. 
France se convertir en prisons , en cime- 
tières ? Quel est celui de ses assassins c]ui 
eût été capable de son énergie , le 1 4 juillet? 
Ce jour mémorable est-il effacé des annales 
de la révolution? Nos neveux verront -ils 
sans indignation , dans les pages de l’his- 
toire^ le récit de la prise gloric/use de la 
bastille , -et la mort affreuse de celui qui 
donna le signal de l’assaut? Ce PhilippeauoG 



7 ^ 

i3evînt-il un conspirateur , parce quil s’op- 
posa à la destruction de la génération ac*- 
tuelle , parce qu’il dévoila les tyrans qui 
vouloient faire haïr et détester la révolution 
française , parce qu’il fut vertueux , et qu’il 
ïie craignit pas de se perdre pour la vérité? 
Portez vos regards sur sa veuve et sur son 
fils ; n’ayant pour tout héritage de ses tra- 
vaux que ses derniers écrits , dépositaires 
des preuves de son innocence et de son 
courage héroïque. 

Je les ai connus l’un et l’autre , ces mar- 
tyrs de la liberté. Où sont leurs tombeaux? 
Des larmes s’échappent des yeux , quand 
on pense que leurs restes , perdus et con- 
fondus , ne peuvent être entourés de quel- 
ques foibles arbustes à la faveur desquels 
les amis sincères de la patrie voudroient 
les faire remarquer à l’humanité plaintive 
et désolée. 

La révolution doit avoir un terme. La 
mort et la destruction ne doivent pas rester 
ses éternelles compagnes. Fut - il jamais , 
pour aucun peuple de la terre , une plus 
fcélle époque d’organisation sociale ? Les 
armées françaises victorieuses de tons les 
rois de l’Europe , les bornes de la république 


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reculées jusqu’au Rhin ; l’Espagne et l’Ita- 
lie n’ayant plus , dans les Pyrénées et les 
Alpes , les limites tracées par la nature. 
Quels triomphes ! Faut-il , parce que nous 
sommes maîtres de donner la paix au 
monde , conserver éternellement la guerre 
jparmi nous? 

Le ciel n’offrit Jamais une plus belle 
occasion aux hommes d’acquérir de la 
gloire , et les hommes ne peuvent souhaiter 
un temps plus favorable pour se signaler. 
Qu’ils seroient inexcusables les législateurs 
qui , pouvant régénérer un état , néglige- 
roient de le faire ! Iis ont deux chemins 
ouverts devant eux : s’ils marchent dans 
l’un , ils passent une vie éloignée d’inquié* 
tildes et d’apprehensions \ ils font le bonheur 
d’un, grand peuple , et ils conservent , après 
la mort, une apothéose immortelle: s’ils 
s’enfoncent dans l’autre , ils ne trouvent 
que remords , traverses , alarmes conti- 
nuelles; leur trépas est suivi d’une infamia 
éternelle ; l’histoire les tient perpétuelle- 
ment sur l’échafaud de la postérité qui les 
exècre. 

Du I-uxembouig , -ce brumaire, l’an 3 delà Républiqna 
«j'.c et indivisible. 

y I L A T E. 


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